jeudi 30 août 2007

La résilience face à l’hypermodernité

La résilience est au cœur des changements sociétaux. De manière plus ou moins implicite, celle-ci est une réponse à l’hypermodernité. Essayons de comprendre en quoi la résilience répond aux enjeux actuels.


La position agentique et la position victimaire sont les « tendances» générationnelles de leurs temps. Lypovetsky a définit trois temps « générationnels » : la modernité, la postmodernité et l’hypermodernité.

La modernité

Cette période s’étend de la révolution française et américaine à la fin de la révolution industrielle. La croyance dominante est alors que les sciences et la technique vont permettre à la société de progresser vers la fin de l’histoire, c'est-à-dire vers une société de bien-être matériel. Le développement de l’outil technocratique et industriel engendre durant cette période un retrait significatif des religions dominantes. Le progrès scientifique devient progressivement l'objectif principal de la société. L’idéal de méritocratie est alors très fortement sous-tendu par l’élitisme national. Les grandes écoles sont sensées fournir à la nation les « forces vives » permettant l’atteinte du progrès scientifique et technocratique. C’est durant cette période que les revendications des classes populaires par rapport à la bourgeoisie sont portées comme programme politique : une grande partie de la population s'inscrit dans la lutte des classes. Celle-ci se construit sur des principes de mouvement « collectif » autours de revendications matérielles. Pour autant, le « citoyen » reste soucieux d’efficacité et de productivité. Son comportement demeure celui de quelqu’un obéissant à son rôle à travers une position agentique. Celle-ci devient un indice structurant de l’identité de classe à travers la fierté du métier et du statut d’ouvrier.

La postmodernité

Bien évidemment, en période de développement, le « citoyen » commence à exiger plus qu’un simple bien-être matériel mais également un épanouissement personnel. L’individu devient alors le cœur de la société et les valeurs d’hédonisme et de spiritualité sous tendent l’ensemble des comportements. Mai 68 se vit comme événement fondateur de cette période et la « génération bénis » profite à la fois des avantages sociaux (retraite assurée, haussement du niveau de vie,…) et des assouplissements sociétaux (culture populaire, liberté sexuelle, consommation culturelle, normalisation de la « cool attitude »). Durant cette période, les revendications collectives glissent progressivement vers des revendications « individualisées » conduisant une dilution des luttes collectives et politique au profit d’un comportement de consommation, distingué et marchand. L’individu évolue depuis les années 80 vers un désir de réussite financière garant de moyens de consommations suffisants, ainsi qu’une prise en compte de ses aspirations au travail. Le bonheur est l’objectif « ultime » à travers la jouissance et l’hédonisme. Les contraintes sont perçues comme « intolérables », car dénuées de sens et de légitimité. Celui qui souffre exige que cette souffrance soit prise en compte au titre d’une réparation. Elle devient le point zéro du bonheur.

L’hypermodernité

Cette dernière période apparaît comme paradoxale dans le sens où la consommation devient "hyper" alors même que certaines valeurs traditionnelles reviennent en force. Pris dans ce paradoxe, l'individu hypermoderne cherche à concilier un mode de vie libéral marchand tout en cherchant des expériences collectives par le bénévolat, l'amour où même la défense du système étatique et/ou moral. En fait, ce qu'il y a d'intéressant dans cette position est qu'elle oblige l'individu à déterminer ses marges de manœuvre pour faire face à ces paradoxes. C'est là que peut intervenir l'intérêt de développer sa résilience, notamment sur la dimension subjective de l'individu. Pourquoi ? Pour se déterminer dans un champ de contraintes paradoxales, l'individu doit apporter une réponse originale, dans le sens où elle correspond au contexte, et proactive, dans le sens où la personne utilise volontairement le potentiel de la situation. Le risque de la position agentique est de ne permettre que des réponses stéréotypées tandis que de la position victimaire laisse passif l'individu face au potentiel de la situation.

Matthieu Poirot

Expert en qualité de vie au travail, leadership et développement organisationnel 

Expert in Quality of Life at Work, Leadership and Organizational Development 


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©Matthieu Poirot,2007-2016.
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