jeudi 3 janvier 2019

Dettes psychologiques et mouvement des gilets jaunes : leçons de leadership

Depuis la seconde guerre mondiale, l’ordre économique actuel a réussi à développer la prospérité et la liberté dans le monde.  Les 2 piliers de cet ordre mondial sont les Etats Unis et l’Union Européenne.  Ces piliers sont aujourd’hui en danger de basculer progressivement dans un populisme mortifère.
La France est la dernière digue avant que l’Europe ne tombe. L’Europe est la dernière digue avant que le monde ne tombe potentiellement dans la guerre. 

Les populations rurales, « périphériques » ; la classe moyenne inférieure sont aujourd’hui dans la peur de l’avenir et la colère de ne pas bénéficier de la globalisation. Ce sont ces émotions qui structurent avant tout les Gilets Jaunes. 

Nous devons le reconnaître, l’élite n’a pas eu à faire beaucoup d’efforts pour s’adapter à la crise de 2007-2008. La classe moyenne si. Nous assistons par ailleurs avec la digitalisation du monde du travail à une bipolarisation de notre société. Une partie des salariés, experts ou dirigeants vont toujours plus bénéficier de la mondialisation car ils seront indispensables à la croissance des entreprises. Ils font l’objet de toutes les attentions et sont mondialisés, multilingues et multiculturels. Ils habitent principalement dans des grandes villes mondialisées, reliées entres elles. Ils sont ainsi plus des habitants de Globalia que de France, d’Angleterre ou des Etats Unis.  Pour les postes à valeur ajoutée moyenne ou faible, l’entreprise cherchera toujours plus soit à délocaliser, soit à digitaliser. C’est le mécanisme bien décrit par Thomas Piketty mais en accéléré : avec le digital, le capital aura de moins en moins besoin de travail. Prenons 2 exemples : 

Instagram : 30 millions de clients  pour 13 salariés. Vendu 1 milliard à Facebook.
Kodak : banqueroute pour 145 000 salariés 

Nous observons déjà sur le terrain des risques psychosociaux une double conséquence : plus de précarité car le travail devient rare et plus de stress car ceux qui travaillent doivent compenser la faible valeur ajoutée par toujours plus de productivité.  Ce mécanisme touche tout autant le secteur public que privé. 

Dans ce contexte, les Français se sont adaptés et ont fait d’énormes efforts pour faire vivre leurs familles et rester dignes. Cela a entrainé le développement d’une énorme quantité de dette psychologique qui risque de détruire notre société.  Qu’est-ce qu’une dette psychologique ? Nous pourrions la définir comme un marqueur psycho-affectif d’un manque de reconnaissance de la souffrance que notre adaptation a nécessité. La reconnaissance a pour fonction de nous dire que l’on est utile et désirable et donc que nos efforts ont un sens. 

La première légitimité d’un leader est de connaître et reconnaître les différentes dettes psychologiques. Ce faisant, le leadership est une manière de donner une dignité aux personnes. Or, il n’y a eu aucun signe de reconnaissance du Président actuel pours les efforts d’adaptation de la société Française. La question de la taxe sur le Gasoil a surtout fait exploser la colère reposant sur cette non reconnaissance.   

Lorsque cette dette n’est pas reconnue, elle se transforme progressivement en mouvement collectif cherchant un bouc émissaire afin de la lui faire payer. Nous rentrons alors dans une dynamique paranoïaque de groupe. En se mettant en situation de verticalité du pouvoir, notre Président s’est mis en position d’être le bouc émissaire idéal pour la foule.  

Les leaders destructifs vont utiliser ce mécanisme pour se mettre en situation de sauveur. Les populistes prennent le pouvoir car ils peuvent dire « je vous aime, vous comptez pour moi ». Ils répondent à l’insécurité ontologique qui se base sur le sentiment de ne pas être utile et désirable. Ils sont puissants car en flattant les bas instincts, ils permettent la préservation de la dignité. Ce n’est pas l’aumône qui compte mais de redonner de la fierté d’être Français. 

Dans ce sens, les réponses purement matérielles ne sont pas la solution. Le pouvoir doit surtout retrouver une manière de redonner estime et espoir aux Français. 

  • La première action serait d’enfin de dire et reconnaître les efforts énormes qu’ont fait les Français,  de les en remercier
  • En finir avec un leadership vertical pour revenir vers un leadership distribué en formant une grande coalition nationale
  • Lancer un véritable débat sur les conséquences malheureuses que subit la France périphérique et les solutions possibles
  • Redonner fierté aux Français en évoquant nos forces, valeurs, atouts, en s’appuyant sur le positif qui existe et se développe partout dans notre pays
  • En montrant l’exemple par une diminution drastique de son style de vie, en sortant d’un modèle Elitiste du pouvoir
  • En retissant un lien avec des corps intermédiaires qui sont indispensables à notre démocratie et qui peuvent être des multiplicateurs à solutions alternatives

Nous avons besoin d’un leadership positif amplifiant le lumineux et non la destructivité. 

Matthieu Poirot

Expert en qualité de vie au travail, leadership et développement organisationnel 



Expert in Quality of Life at Work, Leadership and Organizational Development 

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©Matthieu Poirot,2007-2027. 


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