vendredi 25 mai 2007

La relation (et donc le conflit) s’écrit à deux

La qualité de nos connexions sociales est l'un des aspects fondamentaux de la psychologie positive au travail. Derrière ce terme "académique" se cache la grande famille de la relation. Au cours de notre vie professionnelle, nous en avons tous mesuré l'impact sur notre stress. Les conflits ou au contraire les solidarités au travail sont des moments d'intenses émotions.



Quels sont les mécanismes qui en déterminent la qualité ? Quelles sont nos marges de manoeuvre dans ce phénomène ? Premiers éléments de réponse.

La relation se met en place à travers une activité commune (ici le travail). Au cours de cette activité, un certain nombre d'expériences communes se mettent en place dans la mémoire des individus, ce qui engendre une coordination dans la pensée et l'action. La relation pourrait être définie comme la capacité à se coordonner, c'est à dire à co-écrire un scénario.

Pour arriver à ce résultat, l'émotion est indispensable. En effet, la mémoire s'active lorsque le souvenir est associé à un émotion, positive ou négative. Pour aller plus loin, la relation s'installe lors d'un partage social de l'émotion. En cela le conflit et la solidarité sont les deux faces émotionnelles d'un même mécanisme de coordination. Celle-ci peut être négative ou positive sur un continuum.Contrairement à ce que laisse supposer le simple bon sens, le conflit reste une forme de relation...dont les deux protagonistes partagent la responsabilité.

Quelle est notre marge de manoeuvre dans cette écriture à deux ? Tout simplement, une relation dégradée nécessite que l'un des deux protagonistes (idéalement les deux) décide de réécrire le scénario de la relation. 

Voici un exemple:
Marine est une professeur d'allemand pour qui le respect des règles est fondamental. Lors d'un conseil de classe, elle est choquée par l'attitude d'un délégué de classe tentant de défendre l'un de ses camarades au sujet d'une altercation avec l'un de ses professeurs. Lors de son allocution face au proviseur, le délégué emploie un ton jugé agressif par Marine. Celle-ci décide de lui en faire part le lendemain après le cours d'allemand. Lors de cette échange le délégué de classe s'insurge de la réaction de Marine en lui signalant qu'il "trouve cela injuste". Marine s'énerve et tente de lui expliquer puis de le convaincre de la gravité de son attitude. Après plusieurs minutes l'échange tourne à vide et le ton monte entre Marine et le délégué. C'est alors qu'elle décide de lui "coller un avertissement". Le délégué repart furieux en renversant l'une des chaises de la classe. Ce geste lui vaut deux jours d'exclusion du collège. Marine s'en veut mais ne sait pas comment faire...

Cette séquence m'est reportée lors d'un séminaire de développement personnel que j'anime. Nous décidons de rejouer la scène et je me mets à la place du délégué. Très rapidement, nous arrivons au même résultat. .. (sauf jet de table bien évidemment!). Lorsque nous débriefons cette séquence nous nous rendons compte que ce conflit est en fait une sorte de coopération entre deux scénarios. Pour Marine il est essentiel de maintenir la règle pour le bon fonctionnement de l'institution. Elle est la "garante de la règle". De ce que nous comprenons du délégué, celui-ci se vit comme un "banlieusard victime des institutions". Il est une "victime". Les deux scénarios rentrent suffisamment en écho pour fournir matière à l'écriture d'un conflit.

Marine: Tu n'as pas respecté l'institution. Je dois te punir (devoir)
Délégué: Je défends un camarade, j'ai le droit de faire part de ma colère même si cela dépasse les règles (droit)
et hop...conflit.

Je demande alors à Marine d'écrire au propre un scénario.
Étape 1: "Tu le rencontres, comment ça va se passer concrètement ? Décrits le moi comme un scénario de film."
Étape 2: "Pourrais tu m'écrire un scénario différent ?Qu'est-ce qui pourrait être différent dans ce scénario ?"

Lorsque qu'une rencontre est prévue dans un contexte de conflit potentiel, je vous conseille de prendre quelques minutes de réflexion en amont. Ce simple exercice vous permettra de prendre du recul sur le caractère coopératif du conflit et de ce fait sur votre marge de manoeuvre. Il ne s'agit pas de faire moins ou plus dans le même cadre mais d'anticiper un scénario différent. 

Ce travail peut également vous servir de base pour discuter avec l'autre personne du caractère automatique de votre conflit. Il se peut même qu'une co-écriture positive soit possible...sur votre propre scénario,...mais ceci est déjà une autre histoire.

Matthieu Poirot

Expert en qualité de vie au travail, leadership et développement organisationnel 

Expert in Quality of Life at Work, Leadership and Organizational Development 


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©Matthieu Poirot,2007-2016.
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